Exposition, GraphiMs
08.04.2026 29.08.2026
Vernissage
08.04.2026 18h

Marion Cachon, Félicité Landrivon, Messages / Images, Postfirebooks, Roman Cieslewicz


Beaux Restes

Remontrer, rejouer, réactiver. Ici, l'exposition ne se présente plus comme un événement unique et clos, mais comme une matière vivante. Les formes reviennent, déplacées, reconfigurées.

Que reste-t-il d’une exposition lorsque les œuvres repartent, que les cimaises redeviennent blanches et que les cartels disparaissent ?

Date :
08.04.2026 29.08.2026
À la fenêtre (Opéra Comédie)
Vernissage :
08.04.2026 18h
Café des Lettres, à la médiathèque Emile Zola - Montpellier

Pour l’édition 2026 du festival GraphiMs, La Fenêtre propose Beaux Restes, une exposition assemblée à partir de fragments d’expositions antérieures — réactivés, reconfigurés, mis en dialogue. Cinq ensembles distincts se retrouvent ici réunis pour la première fois : une sélection resserrée du travail de Félicité Landrivon issue de l’exposition Sonovision, une reprise partielle de La Gauchère de Marion Cachon, les seize affiches sérigraphiées de la commande Messages/Images du Centre national des arts plastiques, une sélection de sérigraphies et d’affiches originales de Roman Cieslewicz issues de l’exposition Dix sections, et enfin l’installation modulaire READING ROOM de la maison d’édition Postfirebooks, présentée une nouvelle fois après son passage à Glassbox.

Ce faisant, Beaux Restes questionne la vie des expositions au-delà de leur moment inaugural : leur capacité à voyager, à se transformer, à continuer de faire sens dans d’autres contextes. L’exposition ne se donne pas comme une rétrospective ni comme une compilation, mais comme un geste curatorial à part entière — celui de croire que certaines formes méritent d’être revues, et que le déplacement leur confère une nouvelle épaisseur.

1. SONOVISION — FÉLICITÉ LANDRIVON

Félicité Landrivon, qui a longtemps voulu rester anonyme en signant du pseudonyme « Brigade Cynophile » (par plaisanterie, et parce qu’elle aime les chiens), a commencé par une pratique graphique autodidacte au service de la scène rock alternative lyonnaise.

Son travail repose sur un principe de télescopage d’iconographies et d’assemblage hétéroclite d’images et de typographies glanées dans les marges de la culture visuelle. Dans le format clos de l’affiche, ses références disparates, voire dissonantes, dansent un pogo endiablé et produisent une esthétique déconstruite et irrévérencieuse se révélant, paradoxalement, d’une élégance graphique certaine.

Désormais installée à Marseille dans un atelier collectif niché au fond d’une ancienne tannerie, Félicité Landrivon travaille pour des institutions. Elle a réalisé l’identité visuelle de la mC93 et celle du FRAC de Paris. Elle a conçu en 2025 le catalogue de l’exposition « Faits divers » du Mac Val (94).
Pour offrir à lire des regards féminins sur les musiques indépendantes, elle publie le fanzine Ventoline, une expérience graphique et éditoriale autant qu’un manifeste discret.Beaux Restes présente une sélection resserrée de ses affiches et fanzines, constituant un portrait tendu et jouissif d’une pratique graphique résolument hors-norme.

*(« Le Sillon du graphisme ». Xavier de Jarcy. Télérama, 29 janvier 2025).

2. LA GAUCHÈRE — MARION CACHON

La Gauchère est un projet de recherche et de création au long cours mené par la graphiste Marion Cachon. Déployé sous la forme de conférences, d’expositions et d’une publication, il s’attache à interroger un angle mort structurel du design : la place accordée aux gauchèr·es dans l’appréhension du quotidien. La majorité des objets, des systèmes graphiques et des usages étant conçus pour des mains droites, la gaucherie apparaît comme un défaut, une anomalie à corriger. Le projet s’empare de ce déséquilibre pour en révéler le potentiel critique et créatif, en revendiquant la maladresse, l’erreur et le détour comme des forces productives.

Ce projet prend naissance à la fin des études de Marion Cachon, à partir d’un obstacle très concret : la difficulté, pour une personne gauchère, de reproduire à la plume l’écriture minuscule Caroline. Ce modèle calligraphique, historiquement normé et pensé pour des droitiers, impose à la gauchère un rapport conflictuel au geste. L’encre frotte le papier, la main se contorsionne, le corps adopte une posture inconfortable. Face à l’absence de modèles adaptés, Marion Cachon entreprend d’expérimenter d’autres manières d’écrire — en faisant du ratage, de la rayure et de la bavure le moteur de sa réflexion graphique.

L’exposition se déploie comme une vaste installation, conçue comme une mise en espace du livre de recherche de l’artiste. Elle donne à voir les différentes strates de son travail : des planches consacrées à la calligraphie, les caractères typographiques « La Gauchère » imaginés et dessinés par Marion Cachon, des témoignages de personnes gauchères recueillis lors d’ateliers, ainsi que des recherches historiques et symboliques autour des représentations de la gaucherie. S’y ajoutent des séries de peintures figurant des scènes de la vie quotidienne de gauchers — gestes banals devenus étrangement visibles dès lors qu’ils sont observés hors du cadre normatif — ainsi que des extraits de son livre, qui ponctuent le parcours.

Cette reprise à La Fenêtre fait suite à un premier volet présenté à l’Artothèque de Caen (novembre 2025 — janvier 2026), puis au Centre d’art contemporain de Nîmes (janvier — avril 2026). Une publication co-éditée par le CACN et l’Artothèque, publiée par Tombolo Presses, accompagnera bientôt le projet.

Marion Cachon, née en 1993, est designeuse graphique depuis 2019. Diplômée de l’École Nationale Supérieure des Beaux-arts de Lyon, elle développe son travail auprès d’institutions autant que d’associations et collectif·ves autonomes. Sa pratique questionne l’imprimé comme un espace architectural d’apprentissage et de déambulation curieuse de la pensée, troublant au gré des éditions les règles de lecture et de manipulation du livre. Elle porte une attention particulière aux savoirs et aux expériences populaires pour nourrir ses narrations graphiques, mêlant dessin, peinture et création typographique à ses productions.

3. MESSAGES/IMAGES — GRAPHISME d’INTÉRÊT GÉNÉRAL COMMANDE DU CNAP

À l’occasion des 30 ans de la revue Graphisme en France, le Centre national des arts plastiques (Cnap) et la Cité internationale de la langue française ont lancé une commande inédite : Messages/Images, Graphisme d’intérêt général — une série de seize affiches originales conçues par des designers graphiques ou collectifs sélectionnés pour explorer la relation entre mots et images, en portant un regard sensible sur les grands enjeux contemporains : inclusion, hospitalité, démocratie, diversité linguistique, engagement et espoir.

Ces seize affiches, imprimées en sérigraphie, ne sont ni des slogans ni des campagnes publicitaires. Elles sont des créations qui interrogent notre rapport aux mots et à l’image comme outil de lien social, de transmission et de débat. La commande rassemble des signatures aussi diverses que l’Atelier Tout va bien, Bye Bye Binary, le collectif BRD, Dugudus, Filloque & Zammit, Isabelle Jégo, Malte Martin, Gérard Paris-Clavel, Achim Reichert, Vanessa Vérillon, Toan Vu-Huu, Tom Cazin, Eddy Terki, Zineb Benassarou, Doriane Baubiat & Clémence Michon, et Vincent Perrottet — témoignant d’une grande diversité de langages graphiques : typographie expérimentale, illustration, photographie, collage, abstraction.

Produites en partenariat avec Le Signe, centre national du graphisme à Chaumont, et La Contemporaine (bibliothèque, archives, musées des mondes contemporains, Nanterre), ces affiches ont déjà circulé dans plusieurs contextes depuis leur lancement à la Biennale internationale de design graphique de Chaumont en mai 2025. Leur présentation à La Fenêtre s’inscrit dans cette vocation itinérante, portée par la conviction que le design graphique est un levier pour interroger le monde et construire collectivement un imaginaire commun.

4. DIX SECTIONS — SÉRIGRAPHIES ORIGINALES DE ROMAN CIESLEWICZ

Le titre de l’exposition présentée à la médiathèque Emile Zola de Montpellier entre le 8 avril et l » 13 juin « Dix sections » est un clin d’œil à un monument du graphisme : l’affiche conçue par Saul Bass pour le film d’Otto Preminger Anatomy of a Murder (1959) et son corps morcelé. Cette référence fondatrice structure une réflexion plus large sur les représentations du corps humain dans le graphisme international : chaque section — crâne, mains, cœur, pieds et orteils — devient un territoire portant ses symboles, ses charges culturelles et ses mythologies.

Au cœur de cet ensemble, une sélection de sérigraphies et d’affiches originales de Roman Cieslewicz (1930–1996), figure absolument centrale de l’histoire du graphisme européen du XXe siècle. Formé à l’École des Beaux-Arts de Cracovie, Cieslewicz s’impose d’abord en Pologne comme l’une des figures majeures de l’école polonaise de l’affiche — ce mouvement d’une vitalité exceptionnelle qui, dans les années 1950 et 1960, fait de l’affiche culturelle un espace de résistance esthétique et politique face au réalisme socialiste. En 1963, il s’installe à Paris, où il devient directeur artistique de magazines aussi différents que Vogue, Opus International ou Kitsch, imposant dans chacun d’eux une exigence formelle rare et une capacité à faire dialoguer culture populaire et avant-garde.

Son œuvre est traversée par une pratique obsessionnelle du photomontage et du détournement d’images : il prélève, fragmente, répète, grossit, altère des photographies et des icônes visuelles pour produire des images d’une puissance troublante, à la fois politiques et oniriques. Influencé par le surréalisme autant que par le constructivisme, il développe un langage graphique immédiatement reconnaissable, où la tension entre le réel et sa distorsion génère un sentiment d’inquiétude et de fascination. Le corps humain, les symboles de pouvoir, les figures du totalitarisme et du consumérisme sont ses matériaux de prédilection : il les retourne, les déforme, les met en abyme jusqu’à ce qu’ils révèlent ce qu’ils cherchent à dissimuler.

Cieslewicz enseigne à l’ESAG Penninghen à Paris et irrigue ainsi plusieurs générations de graphistes. Ses affiches et sérigraphies figurent dans les collections des plus grandes institutions internationales. Présenter aujourd’hui une sélection de ses œuvres originales dans Beaux Restes, c’est rappeler que le graphisme peut atteindre la force d’une œuvre d’art pleinement autonome — et que certaines images, loin de vieillir, continuent de nous regarder.

Cette partie intégrante de Beaux restes entend faire un écho à la grande rétrospective dédiée au designer Pierre Paulin au cours de l’été 2026

Roman Cieslewicz (1930-1996) et Pierre Paulin (1927–2009) sont contemporains. Pendant que l’un construisait son œuvre graphique à Paris, l’autre révolutionnait le design de mobilier, avec la même conviction que la forme peut être porteuse de sens et d’émancipation.

Tous deux travaillent le rapport au corps — Paulin en épousant ses courbes dans des assises qui semblent le prolonger, Cieslewicz en le fragmentant et le réassemblant jusqu’à le rendre méconnaissable. Cette simultanéité n’est pas un hasard : elle dit quelque chose d’un moment où les arts appliqués, en France comme en Europe, se pensaient pleinement comme des pratiques culturelles et politiques, capables de transformer le regard autant que le quotidien.

5. POSTFIREBOOKS — INSTALLATION MODULAIRE

Postfirebooks est une maison d’édition dont la démarche est indissociable de la question de la présence du livre dans l’espace d’exposition. Ses supports de présentation modulaires, imaginés pour accueillir l’ensemble de son catalogue, ne sont pas un simple mobilier de diffusion : ils constituent un dispositif expographique à part entière, conçu pour favoriser la proximité entre les publications et leur public, pour inviter à la manipulation, à la lecture, au feuilletage — rompant avec les codes habituels dans lesquels la publication est placée à distance de celui ou celle qui regarde.

Présentée une première fois à Glassbox à Paris en janvier 2026, à l’occasion du lancement de Tendre Alumine — publication documentant l’exposition Postfirebooks Focus à l’Espace de l’Art Concret de Mouans-Sartoux —, l’installation trouve à La Fenêtre un nouveau contexte, une nouvelle salle. Beaux Restes la reprend telle quelle dans sa logique de réactivation : ce qui a été montré ailleurs revient ici, déplacé, et c’est ce déplacement lui-même qui fait œuvre.

Le catalogue complet de Postfirebooks — qui réunit des publications de Emma Berger-Pierre, Fanny Souade Sow, Lydia Amarouche, Nesrine Salem, Cliff Tait-Jamieson, José Sales Albella, Thomas Ducrocq, Jules Savoie, Noémi Lancelot, Sam Krack, Eric Watier, Marie Biaudet, Dmitri Eremeev et Louisa Vahdat — sera exposé et disponible à la consultation. Les éditions de Postfirebooks seront également proposées à la vente dans la boutique de La Fenêtre.

Du mercredi au samedi, de 13h à 18h et certains soirs de spectacle.

Commissariat d'exposition

Gaëlle Maury

Avec...

Félicité Landrivon

Félicité Landrivon, s'affranchit des codes académiques du design graphique, puisant son inspiration dans l'amateurisme, la contre-culture et les formes d'expression populaires. L’affiche, qu’elle considère comme un terrain d’expérimentation quotidien, occupe une place centrale dans son travail. Son travail célèbre l’amateurisme, les productions artisanales et l’esprit DIY. Plutôt qu’une mise en page rigoureuse ou des prouesses techniques, elle privilégie un mélange libre et éclectique d’images et de typographies.

Née en Australie en 1989, elle vit à Marseille et collabore avec des lieux culturels, des labels indépendants et des éditeurs. Son travail s’étend de la création d’affiches et de pochettes de disques à la micro-édition.

Graphiste, elle officie sous le nom de Brigade Cynophile et est fondatrice du fanzine lyonnais Ventoline, un fanzine musical participatif dédié aux voix féminines.

Roman
Cieslewicz

Il a construit pendant près de 50 ans dont 35 passés en France, une œuvre éclectique, dans laquelle se sont épanouies de nombreuses formes d’expressions graphiques (affiche, publicité photomontage, édition, illustration), engagée, esthétique, souvent teintée d’humour, d’irrévérence, et d’un second degré parfois cynique mais jamais gratuit ou malveillant. Immense artiste de la scène graphique internationale, issu de l’École de l’Affiche polonaise, c’est en 1963 auprès de Peter Knapp qu’il collabore au tout début de sa carrière française comme maquettiste au magazine ELLE avant d’en devenir le directeur artistique de 1965 à 1969...

« Grand créateur devant l’Éternel, hors époque et hors temps, il pénètre les choses étranges, nous entraîne dans une fantasmagorie qui n’est pas toujours confortable. Concoctant son étrange mixture, il ouvre des fenêtres sur l’avenir. » Margo ROUARD. (Catalogue de la rétrospective Roman Cieslewicz, Centre Pompidou, 1993)

Marion
Cachon

Designer graphique et artiste, Marion Cachon explore le livre et l'imprimé comme territoires de pensée et d'errance visuelle. Elle bouscule les conventions de lecture et de mise en page pour y glisser des récits en creux, puisant dans les savoirs populaires et les expériences du quotidien pour construire des narrations mêlant dessin, peinture et typographie.

Co-fondatrice du projet We Sow, elle conduit depuis trois ans une recherche expérimentale autour des mains gauches, qu'elle partage en exposition comme en conférence, entre espaces alternatifs, institutions culturelles et écoles d'art.

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