Exposition, GraphiMs
08.04.2026 13.06.2026
Vernissage
08.04.2026 18h

Dix Sections

« Dix sections » : un clin d’œil à une référence majeure de l’histoire du graphisme : l’affiche conçue par Saul Bass pour Anatomy of a Murder. Un corps morcelé, découpé en formes franches, réduit à une silhouette éclatée.

L’exposition prolonge ce geste. Ici, chaque section devient un territoire : crânes, mains, cœur, pieds et orteils . Le corps cesse d’être unité pour devenir langage. Chaque partie porte ses symboles, ses charges culturelles et ses mythologies.

« Dix sections » interroge ainsi, en associant une multitude de signatures graphiques internationales, notre manière de voir les corps — et de les représenter.
Le corps, comme l’image, n’est jamais neutre. Il est toujours construit…

 

Date :
08.04.2026 13.06.2026
médiathèque Emile Zola, RDC
Vernissage :
08.04.2026 18h
Café des Lettres, à la médiathèque Emile Zola - Montpellier

Tout commence avec un corps — ou plutôt avec ce qu’il en reste. En 1959, Saul Bass conçoit pour Anatomy of a Murder d’Otto Preminger une affiche devenue monument : un corps découpé, fragmenté en sections autonomes, chaque partie flottant dans l’espace graphique comme une pièce à conviction. Le geste est radical. Il inaugure une façon de regarder le corps humain non plus comme une totalité narrative mais comme un répertoire de formes, un matériau visuel disponible, dissécable, recomposable.

Dix Sections prolonge ce geste et en mesure l’héritage. L’exposition confie à une quarantaine de graphistes et d’ateliers internationaux — Alain Le Quernec, Alex Jordan, Annik Troxler, Appelle Moi Papa, Atelier 25, Atelier Poste 4, Aurane Loury, Claude Baillargeon, Baptiste Plantin, Benjamin Lory, Bonnefrite, Bruno Souêtre, Jill Chaosheng McLean, Clara Degay, Clément Faydit, deValence, Dugudus, Europium, Formes Vives, Fred Garcia-Sanchez, Grapus, Igor Gurovich, KCMD, Klaus Staeck, Mathias Schweizer, Michal Batory, Nicolas Jullien, Pauline Barzilaï, Pierre Graphics, Roman Cieslewicz, Rozenn Voyer, Saul Bass, Sébastien Marchal, Spassky Fischer, Super Terrain, Théo Garnier-Greuez, Toan Vu-Huu, Vanessa Vérillon, We Play Design, Zhang Shiyue — le soin de traiter chacune des dix sections du corps retenues : crâne, mains, coeur, pieds et orteils, et les territoires qui les prolongent. Chaque section devient un espace autonome, chargé de ses propres symboles, de ses mythologies, de ses usages culturels accumulés.

Car le corps, dans la communication visuelle, n’est jamais neutre. Depuis les premières affiches de santé publique jusqu’aux campagnes institutionnelles contemporaines, depuis la propagande politique jusqu’à la publicité de masse, le corps humain a été l’un des signes les plus sollicités, les plus manipulés, les plus codifiés du répertoire graphique. La main tendue, le poing levé, le coeur agrandi, le visage découpé — autant de figures dont la puissance tient précisément à leur capacité à condenser en une image ce qu’un discours mettrait des pages à formuler. En ce sens, l’affiche n’est pas seulement un objet esthétique : elle est un miroir sociologique, l’enregistrement fidèle des valeurs, des peurs, des désirs et des représentations d’une époque.

En réunissant des signatures aussi diverses — géographiquement, stylistiquement, générationnellement —, Dix Sections rend visible la pluralité de ces lectures. Une même partie du corps, traitée par un atelier ukrainien (KCMD, 2024), par une graphiste suisse (Annik Troxler) ou par un collectif français comme Grapus, ne raconte pas la même histoire. Les écarts entre les propositions sont précisément ce qui fait sens : ils révèlent combien nos façons de voir et de représenter le corps sont construites, situées, traversées par des histoires culturelles spécifiques.

Dix Sections est ainsi moins une anthologie du graphisme contemporain qu’une anatomie du regard — une dissection collective de nos imaginaires visuels, menée à coups de papier, d’encre et de formes.

En partenariat avec Le Signe, centre national du Graphisme et La Contemporaine, Bibliothèque, Archives, Musée des mondes contemporains (Nanterre Paris X).

Ouvert le mardi de 12h à 19h, le mercredi de 10h à 19h, le jeudi de 12h à 21h, le vendredi de 12h à 19h, le samedi de 10h à 18h30, et le dimanche de 14h30 à 18h.

Commissariat d'exposition

Gaëlle Maury

Avec...

Roman
Cieslewicz

Il a construit pendant près de 50 ans dont 35 passés en France, une œuvre éclectique, dans laquelle se sont épanouies de nombreuses formes d’expressions graphiques (affiche, publicité photomontage, édition, illustration), engagée, esthétique, souvent teintée d’humour, d’irrévérence, et d’un second degré parfois cynique mais jamais gratuit ou malveillant. Immense artiste de la scène graphique internationale, issu de l’École de l’Affiche polonaise, c’est en 1963 auprès de Peter Knapp qu’il collabore au tout début de sa carrière française comme maquettiste au magazine ELLE avant d’en devenir le directeur artistique de 1965 à 1969...

« Grand créateur devant l’Éternel, hors époque et hors temps, il pénètre les choses étranges, nous entraîne dans une fantasmagorie qui n’est pas toujours confortable. Concoctant son étrange mixture, il ouvre des fenêtres sur l’avenir. » Margo ROUARD. (Catalogue de la rétrospective Roman Cieslewicz, Centre Pompidou, 1993)

Igor Gurovich

Igor Gurovich, est né en 1967, et est diplômé de l’Académie de design Stroganov en 1991, avec une spécialisation en design automobile. Aujourd’hui, il vit et travaille en Arménie.

Fondateur des studios de design Ostengruppe (depuis 2002) et Arbeitscollective (depuis 2012), il est également directeur académique de la HSE Design School & RAU en Arménie, et membre de l’Alliance Graphique Internationale (AGI). Son activité couvre un large éventail de projets pour des musées, théâtres et institutions culturelles. Parallèlement à son travail graphique, il a toujours cultivé un lien étroit avec la scénographie et le design d’objets. Ses affiches ont été primées dans plusieurs concours internationaux de renom.
« J’ai commencé mes études à Stroganov avec l’idée de dessiner des voitures. Mais dès la deuxième année, j’ai intégré un petit théâtre en tant qu’artiste exécutant — et j’ai été immédiatement fasciné. Contrairement aux croquis de voitures, qui restaient souvent sur papier dans le contexte économique de l’époque, les esquisses pour la scène devenaient des décors, des costumes, des affiches. Cela m’a profondément marqué.

À 21 ans, j’ai compris une chose essentielle : en design, la liberté est primordiale. La liberté d’interpréter le sens, les styles, les canons de la composition ou de la typographie.

Le théâtre m’a appris à raconter des histoires. Et cette capacité, je l’ai transposée dans l’affiche. Une bonne affiche, comme un spectacle, doit révéler un récit. Certains amis me disent que mes affiches ressemblent à une scène de théâtre : les formes, les personnages, la typographie y prennent vie comme des héros. Je crois qu’ils ont raison. C’est peut-être pour cela que je peux y mêler sans complexe les styles les plus variés — le noble et le marginal, le beau et le laid — tout cela dans un même souffle visuel.
Et je ne m’en lasse jamais. Le monde est si vaste, si surprenant : il reste encore tant de récits, de systèmes, de personnages à découvrir et à inviter dans mon théâtre graphique. »

Anette Lenz

Graphiste allemande installée en France depuis 1990, Anette Lenz est une figure majeure du design graphique contemporain. Formée à Munich, elle rejoint les collectifs Grapus et "Nous travaillons ensemble" avant de devenir indépendante en 1993. Spécialisée dans les identités culturelles, elle collabore avec des institutions comme Radio France, Arte, le Ministère de la Culture ou Hermès. Méfiante envers la publicité commerciale, elle développe une approche engagée et expérimentale, mêlant typographie, photographie, couleur et cinéma.

Anette Lenz cherche à introduire de la poésie dans l’espace public et à créer du lien social à travers le graphisme. Chevalière des Arts et Lettres, elle est reconnue comme l’une des pionnières d’une nouvelle génération de femmes graphistes. En 2020, une grande rétrospective lui est consacrée au Musée des arts appliqués de Francfort. En 2025, elle signe la direction artistique et la scénographie de l'exposition du Musée des arts décoratifs de Paris consacrée à Paul Poiret.

Alain
Le Quernec

Professeur d’art de formation, Alain Le Quernec part en Pologne en 1971 pour suivre l’enseignement du peintre et affichiste Henryk Tomaszewski à l’académie des beaux-arts de Varsovie. Cette rencontre l’influencera de manière décisive et lui fera durablement ordonner l’espace, les mots et les symboles dans l’esprit de l’école polonaise. 

Celui qui se définit comme un « graphiste autodidacte » au style « plus minimaliste que narratif », développe sa pratique à son retour en France (il vit et enseigne à Quimper, en Bretagne, depuis 1972), avec des techniques rudimentaires et des budgets inexistants. Dans les années 70 et 80, Alain Le Quernec produit un grand nombre d’affiches pour des mouvements sociaux ou culturels. Son travail atypique est publié dans la revue Graphis et présenté dans des expositions internationales comme la biennale de Varsovie. En 1987, le musée de l’affiche à Paris lui dédie une grande exposition personnelle. 

Ses rencontres et collaborations durables avec des responsables du Parti Socialiste breton (Louis Le Pensec, Bernard Poignant) en font un acteur discret mais déterminant des luttes politiques locales et nationales. 

Ses affiches viennent bousculer les poncifs du genre, quand elles réhabilitent la Bécassine du cru, convoquent Hitler pour alerter sur la montée du FN, hurlent leur rage contre l’Amoco Cadiz ou moquent Jacques Chirac à peine quelques heures après sa déclaration de dissolution de l’assemblée nationale en 1997.  Alain Le Quernec aime les mots, les bons surtout. Il les confronte aux images « comme deux catcheurs sur un ring ». 

Ses fidèles compagnons de lutte, directeur•trice•s de théâtre, de musées, de MJC, parlent d’un « partenaire exceptionnel mais pas facile », chérissent ses créations pour leur force symbolique et leur qualité picturale, ses affiches « qu’on a envie de continuer à voir quand le spectacle pour lequel elles ont été faites a disparu » *.  Les créations d’Alain Le Quernec sont en collection dans les principaux musées consacrés à l’affiche dans le monde. En 2019, une exposition rétrospective lui a été consacrée par Le centre du graphisme d’Echirolles (« Du Dernier Cri ») et les éditions Locus Pocus (Locus Solus) ont publié une monographie, « Histoire d’A /Alain Le Quernec – Affiches ». 

Théo
Garnier-Greuez

Graphiste et illustrateur montpelliérain né en 1997, Théo Garnier-Greuez ancre sa pratique dans les champs culturel et militant. Il s'implique au sein de plusieurs collectifs : Tout e(s)t n'importe quoi !, Formes des luttes et Travailleureuses de l'art 34 et est à l'origine de l'association Passé Dessiné ainsi que de la revue-zine Débris. Lauréat de la commande Messages / Images, graphisme d'intérêt général du Centre national des arts plastiques (CNAP) avec le collectif BRD, il poursuit depuis septembre 2025 son travail en résidence à l'Atelier Cagnard, à Sète.

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